03/04/2010

Vie

"J'ai lu avec attention tes textes sur Béjaia.
On sent combien tu as vécu la force de la passion.
La passion n'est jamais anodine. Elle nous prend et nous dévore. Au début, elle est grisante et agit comme une drogue dure sur le cerveau (oui oui, je considère que c'est une drogue!). Probablement qu'elle nous délivre d'un quotidien trop ennuyeux, que nous plongeons avec délices dans ces états extatiques pour mieux nous sentir vivants, parce que nous voulons exister autrement. Le pire, c'est d'être sevré de sa drogue lorsqu'on est au sommet de son rêve de bonheur. Alors, il faut autre chose d'aussi fort pour nous faire exister...sinon nous finissons comme des morts-vivants. Et c'est là que le chemin commence...pour ne pas mourir...

Concernant la création et la foi, je pense (si j'ai bien compris...tu m'excuseras si je me trompe) qu'il y a une ressemblance entre toi et moi sur ce qui est de l'ordre du sacré. Tu cherches avant tout à respecter et à préserver tout ce qui vit autour de toi. La seule différence, c'est que moi je considère que le sacré est dans l'être humain, et toi tu le mets en dieu. Moi, j'intériorise cette force de vie et je dis qu'elle vis en moi et qu'elle vient de moi. Toi, si je comprends, tu penses qu'elle vit en toi mais qu'elle vient de dieu. En fait, pour moi, c'est rassurant de me dire que je contrôle ma force. Donc, je préfère penser que dieu n'y est pour rien. Bref, c'est juste une vision car de toute façon, ça revient presque au même dans l'approche du monde et des gens.

Et entre nous, mon parcours de vie est pas mal aussi...
Mon père a euthanasié ma mère à sa demande et est morte sans nous dire au revoir car nous étions sortis.
Je me suis mariée avec mon premier amour et je suis retournée chez mon père à mon retour de voyage de noce (et j'ai divorcé).
On m'a découvert une tumeur à l'hypophyse peu après.
J'ai assisté à l'euthanasie de mon père.
A chaque étape (je ne les regrette plus), j'ai dû plonger et faire des deuils violents, mais je m'en suis toujours remise. J'ai acquis une originalité dans ma vision de la vie. Il a fallut que je torde le cou à tous mes démons...et surtout que je les laisse sortir uns à uns. Maintenant, je vis cela comme une force et je suis presque heureuse d'être passée par ces étapes car elles me grandissent. C'est ce qu'on appelle "la résilience" en terme psychanalytique de deuil.
Je ne sais pas si tu es déjà à ce stade. Si ce n'est pas le cas, je t'encourage à garder le cap sur cet objectif. Cela en vaut la peine."

11:57 Écrit par Ahmed dans Amour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anecdote |  Facebook |